1. Introduction
Omnip est une startup qui met en relation des esthéticiennes freelance et des salons de beauté pour des remplacements de dernière minute. En janvier 2025, Lonestone m'a missionné pour réaliser un audit UX et UI de leur application en cours de développement, avant sa mise en ligne. En deux jours, j'ai analysé l'ensemble de l'expérience, échangé avec les deux fondateurs et le lead développeur, accédé à la pré-production via TestFlight, et livré un ensemble de recommandations structurées par niveau de priorité. L'objectif : identifier ce qui pouvait bloquer ou freiner les utilisateurs, et proposer des pistes d'amélioration concrètes et actionnables avant le lancement.
Comment pourrions-nous évaluer l'expérience utilisateur d'une application en cours de développement et proposer des recommandations priorisées, afin de maximiser les chances d'adoption au moment du lancement ?
Analyse heuristique, recommandations.
Proposition d'évolutions de parcours.
Priorisation court / moyen / long terme.
2. Définition du problème
L'application s'adresse à deux cibles distinctes avec des besoins asymétriques : les esthéticiennes freelance, qui cherchent des missions de remplacement au pied levé, et les instituts, qui ont besoin de combler rapidement une absence. Cette dualité de profils est une contrainte structurante pour le design de l'application : chaque écran, chaque parcours, chaque message doit être pensé pour être compris et utilisé efficacement par des profils aux motivations très différentes.
L'audit s'est appuyé sur une analyse heuristique de l'application en pré-production, conduite à partir des dix heuristiques de Nielsen comme grille d'évaluation. J'ai complété cette analyse par plusieurs échanges avec les deux fondateurs, pour comprendre la vision produit, les choix de positionnement et les arbitrages déjà effectués, ainsi qu'avec le lead développeur, pour reconstituer l'historique des décisions techniques et produit qui avaient orienté les choix d'interface. Ces échanges ont enrichi l'audit d'un contexte que l'analyse de l'interface seule n'aurait pas permis de reconstituer.
Corriger les frictions avant le lancement plutôt qu'après
L'application ne présentait aucun point bloquant rédhibitoire, mais plusieurs frictions accumulées, notamment sur le parcours de création de compte et la gestion des messages d'erreur, qui auraient pu nuire à la première impression et au taux d'activation.
Clarifier la proposition de valeur dès les premières secondes
L'application s'adressant à deux cibles distinctes sans splashscreen ni onboarding, les nouveaux utilisateurs arrivaient directement dans l'interface sans avoir été accueillis ni orientés. Ajouter ces deux éléments représentait un investissement faible pour un gain potentiel significatif sur la conversion à l'inscription.
Poser les bases d'une culture data dès le lancement
Sans analytics en place, les décisions produit post-lancement reposaient uniquement sur des retours qualitatifs informels. Mettre en place un dispositif de collecte de données dès la mise en production était la condition pour ajuster rapidement les fonctionnalités en fonction des usages réels.
3. Conception de la solution
Les recommandations ont été structurées en trois niveaux de priorité temporelle. À court terme, des quick-wins activables avant le lancement : correction de quelques bugs d'interface, ajustement du wording de certains messages d'alerte, clarification de la hiérarchie des boutons d'action et simplification de l'onglet d'accueil. À moyen terme, des chantiers à adresser dans les premières semaines après la mise en ligne : ajout d'un splashscreen pour présenter les bénéfices de l'application aux deux cibles, création d'un onboarding pour accompagner les nouveaux utilisateurs et amélioration du guidage contextuel via des tooltips et éléments pédagogiques. À long terme, la mise en place d'un dispositif de collecte de données quantitatives (analytics) et qualitatives (interviews utilisateurs) pour piloter les évolutions produit sur des bases solides.


L'audit a couvert l'ensemble des parcours clés de l'application : connexion, création de compte, accueil, gestion des demandes et des contrats, paramètres et facturation. Deux axes structurants ont émergé de cette analyse. Le parcours de création de compte, long et demandant un effort important dès les premières minutes, pouvait être allégé en reportant à plus tard la collecte des informations non essentielles au démarrage. La navigation principale, par ailleurs, incluait les paramètres comme item de premier niveau alors qu'ils ne constituaient pas une fonctionnalité centrale : les en exclure aurait permis de recentrer l'attention de l'utilisateur sur les actions à forte valeur.

L'audit a relevé plusieurs points d'amélioration sur l'interface : redondance de certains signaux visuels (astérisques et mentions "optionnel" remplissant la même fonction), messages d'erreur insuffisamment précis ou mal positionnés, et hiérarchie des boutons d'action perfectible sur certains écrans. Ces points, tous de sévérité faible à modérée selon la grille de Nielsen, ne compromettaient pas l'utilisabilité globale mais contribuaient à une expérience moins claire que ce qu'elle aurait pu être.

Les recommandations ont été livrées sous forme d'un document structuré combinant audit annoté écran par écran, propositions de userflows améliorés et synthèse priorisée des prochaines étapes. La grande majorité des recommandations court terme ont été implémentées avant le lancement. L'application est depuis disponible dans sa nouvelle version.

4. Résultats & apprentissages
L'ensemble des recommandations court terme ont été intégrées avant le lancement de la nouvelle version de l'application. Le travail a permis à l'équipe Omnip d'aborder la mise en ligne avec une interface plus solide et une feuille de route produit clarifiée sur les mois suivants.
Ce type de mission, très courte et à périmètre défini, oblige à aller à l'essentiel : entrer vite dans le sujet, comprendre le métier, prioriser sans hésiter. C'est un exercice que je trouve stimulant précisément parce qu'il n'y a pas de place pour les atermoiements. Ce que j'aurais aimé faire différemment : accéder directement à des esthéticiennes et à des gérants de salon pour compléter les recommandations. Les échanges avec les fondateurs ont été précieux pour reconstituer le contexte produit, mais ils restent une vision médiatisée des usages réels. Confronter les ambitions de la feuille de route à des retours terrain directs aurait renforcé la solidité de certaines préconisations.
Sur un plan plus opérationnel, je mettrai systématiquement en place des analytics dès le lancement d'une application de ce type : piloter un produit sans données d'usage, c'est naviguer à vue, et les convictions des fondateurs, aussi pertinentes soient-elles, ne remplacent pas ce que les chiffres peuvent révéler sur les comportements réels.